Apataki

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Une escale pas prévue aussitôt, mais les plans sont faits pour être en perpétuels changements. La mer, le vent et moi est un trio qui ne fait pas qu’un. Nous sommes chacun trop imprévisible. Notre plan de remonter sur les Marquises est quelque peu tombé à l’eau. Je n’arrive pas à reprendre la mer. Nous prenons donc une autre direction.

Après cette longue vadrouille dans des atolls isolés, nous nous sommes arrêtés plusieurs jours à Fakarava pour nous approvisionner en produits frais, farine et gasoil. Fakarava est une plaque tournante des voiliers venant des archipels avoisinants. Le nombre de voilier y est donc important et la chance de croiser un bateau copain augmenté. Nous y retrouverons par hasard le voilier Zébulon avec qui nous avons passé du temps en Martinique ainsi que dans les Grenadines. Cela faisait 1 an quasiment jour pour jour que nous nous étions quittés. Un heureux hasard !

Nous fêterons l’anniversaire de Naël ensemble. Un anniversaire simple, mais qui lui convenait très bien.

Nous faisons un bout de route ensemble jusqu’à l’atoll de Toau avec deux autres bateaux avant de se quitter à nouveau. Nous devons remonter sur l’atoll d’Apataki où nous avons rendez-vous avec Apataki Carénage Service pour sortir Niue de l’eau afin de refaire l’antifouling («peinture» protectrice de la coque empêchant les algues et les coquillages de se développer) et divers entretiens annuels.

Arrivée à Apataki

Après une navigation de 20 miles depuis l’anse Amyot, situé au Nord-Ouest de l’atoll de Toau, nous arrivons dans une des plus belles passes faite à ce jour. Une passe assez longue, longeant le seul village de l’atoll comprenant environ 400 habitants. Naviguer si près du village apporte beaucoup de charme, le même qu’en arrivant dans la passe sud de Fakarava, sauf qu’ici le village et les habitations sont beaucoup plus important. Nous passons avec Niue qu’à quelques mètres du rivage. Des nuances de bleus accentuent ce splendide tableau. De l’autre côté du rivage, le décor est une carte postale : palmeraie, sable corallien et eaux cristallines.

Le village est situé au Sud-ouest et donc très mal protégé des vents dominants, nous ne pourrons donc pas nous arrêter. Le vent a prévu de forcir le lendemain et la traversée du lagon pour se protéger est pile dans l’axe du vent. Il faut savoir que même dans les lagons, la mer peut se lever fortement avec le vent. Nous apprendrons plus tard que nous aurions pu nous amarrer au grand quai en béton et qu’il existe également un mouillage abrité juste avant le grand quai. Nous déciderons de ne pas revenir sur nos pas et d’avancer.

Nous poursuivons avec un peu de regret les dix miles jusqu’au chantier Apataki Carénage. Il paraît que c’est le plus beau chantier du monde ! La navigation dans le lagon ne présente pas de difficulté particulière. Ah oui juste une chose, mettez bien vos lunettes de soleil, la déclinaison de turquoises le long de la barrière de corail est juste dingue.

Apataki Carénage Services

De loin, rien ne laisse croire qu’il y a un chantier sur ce motu. En nous rapprochant, les mâts pourraient se confondre avec des palmiers. En arrivant, nous apercevons bien une forêt de mâts en plein milieu d’une palmeraie. Le cadre est vraiment beau, il faut bien l’avouer. Motu rempli de palmiers, quelques habitations et un lagon d’eau turquoise parsemé de patates de corail.

Nous nous attendions à une certaine activité ici, mais les Tuamotu reste les Tuamotu ! C’est donc un petit chantier, dans un cadre idyllique où la vie y est paisible, et seulement perturbé par les nonos et les moustiques.

En voyant la rampe de sortie d’eau des bateaux, nous nous posons la question par où passer au vu du nombre de patates de corail bordant le rivage.

Un petit ponton permet de mettre notre annexe et de mettre pied à terre. Nous y verrons le plus gros requin dormeur vu depuis notre arrivée en Polynésie.

Nous prenons la direction du bureau et faisons la connaissance de Pauline (la maman) et Tony (le fils). Sans grand étonnement, l’entreprise est familiale et nous faisons connaissance également du reste de la famille. L’accueil y est très agréable. Ici pas de stress.

En plus du chantier, ils font du coprah et du tamanu. Le tamanu est un fruit non comestible. Il est séché au soleil pour être ensuite envoyé à Tahiti pour en faire des produits médicinaux et des soins de peau, notamment le monoï. Cet travail, n’est pas aussi répandu que le coprah qui est visible sur presque tous les atolls. Le tamanu est plus long à cultiver et à sécher. Le processus est presque d’un an de la floraison des fleurs qui donneront les fruits au séchage. Cependant sa rémunération est de 200 FPC le kilo contre 145 FPC pour le coprah. Nous devenons de plus en plus expert en coprah et apprenons qu’il y a différentes catégories. La catégorie 1 est la meilleure et sa rémunération est donc de 145 FPC par kilogramme. Le prix diminue ensuite. Si le coprah présente des moisissures, ce qui signifie que celui-ci a été mal séché en prenant la pluie, la catégorie sera inférieure. Chaque coprahculteur rempli son sac de 25 kg et note dessus la catégorie.

Le motu voisin

Arrivé quelques jours avant la sortie de l’eau prévue, nous explorons les motus alentours. Nous faisons la connaissance de Marcel. Il est pêcheur, mais sa barque est actuellement cassée. Il n’a pas les moyens de la réparer tout de suite. En parallèle, il fait du coprah sur ce motu.

Nous lui demandons à pouvoir nous promener sur son motu. Après notre ballade, il nous offre généreusement une coco verte à chacun de nous 4. Il la prépare devant nous afin d’en boire son eau.

Ce n’est pas la première coco qu’on nous offre. Les Polynésiens sont très accueillants. Nous échangeons sur nos vies. Il nous explique le coprah, comment il pêche, comment il ramasse les coquillages pour que sa femme fasse de l’artisanat avec. Un bel échange.

Nous retournerons plusieurs jours d’affilés. Son fils de 10 ans et sa femme Emelie, ainsi que le petit-fils et la grand-maman sont présents pour la semaine des vacances scolaires. Camille et Naël sont ravis de jouer avec Yensao et nous de pouvoir échanger avec des adultes qui plus est, des polynésiens. Ils pêchent tous les jours depuis leur motu. Ils nous montrent comment prendre et manger des bénitiers.

Ils expliquent qu’il est important de remettre les coquilles une fois vidées sur des patates de corail car celles-ci contiennent des œufs sur le dessus de la coquille. Ils sont très sensible à leur environnement et insistent sur le fait qu’il est important de pécher juste ce dont nous avons besoin.

Patrice et Marcel pêchent ensemble un banc d’alevins (ici ce ne sont pas des bébés, ils sont adultes et ont la grandeur des alevins de chez nous) avec une moustiquaire.

Ils nous les offrent et nous expliquent comment les préparer. Nous ferons de beaux beignets.

Je vois Patrice tellement souriant devant ces beignets. Cette nouveauté gustative le rend très heureux !

Ayant entendu parlé du pain coco, j’interroge Emelie sur le procédé de la recette qu’elle s’empresse de m’expliquer et surtout de me dire de revenir demain pour qu’elle nous en donne. Nous récupérons donc le lendemain les pains coco cuits au barbecue, ainsi que du poisson, un délice. De notre côté, la veille nous avons apporté du matériel à Marcel pour qu’il puisse réparer sont bateau et ce jour des muffins aux pépites de chocolat. Les enfants ont quant à eux troqué spontanément des jouets. Encore une belle rencontre de ce voyage. Nous en avons appris davantage sur leur vie, leur façon d’être, le coprah et la vie sur les motus. Un grand merci à toute la famille. Les adieux ont été émouvants pour tout le monde. En plus des souvenirs intérieurs, nous immortalisant une des plus belles rencontres de notre voyage en prenant une photo tous ensemble.

Niue à terre

Après plus d’une année sans carénage, Niue avait le droit de réclamer qu’on prenne soin de lui. A défaut de monter aux Marquises faire son carénage, nous choisirons de sortir Niue de l’eau dans cet atoll. Le chantier se trouvait sur notre route et le lieu était sympa pour que les enfants puissent jouer au bord de l’eau en cas de grosse chaleur. Bon ce ne fût pas le cas, le temps était plutôt maussade et frais.

Sans connaître les lieux, la sortie de l’eau est assez particulière. Des patates de corail parsèment le bord de mer. Ici vous ne risquez pas de vous prendre la darse, mais plutôt une patate de corail ou alors de vous échouer sur la plage.

La sortie de l’eau de son bateau n’est jamais un moment très rassurant où que vous vous trouviez, mais ici le turquoise de l’eau a un effet rassurant !

Après avoir slalomé entre les patates de corail, vous arrivez avec l’étrave face à la plage et vous êtes amarrés par trois aussières côté bâbord. Aussières qui elles sont prises sur les fameuses patates qui parsèment le bord. La remorque tirée par une tractopelle est ensuite descendue et l’emplacement étudié consciencieusement afin que le bateau repose sur de bons appuis structurels.

Le jour de la sortie de l’eau le vent était bien soutenu et quelques vagues compliquaient la manœuvre, malgré cela tout s’est très bien passé.

Nous passerons 4 jours et 3 nuits à terre. Des jours fatigants, mais gratifiants. Un anniversaire pour Eliane en hauteur sur une aire de carénage, plutôt original, mais pour sûr l’année prochaine, l’année des 40 ans on trouvera mieux ;-).

Niue remis à l’eau, nous partons dire au revoir à Emelie, Marcel et toute la famille, puis nous continuons la visite de l’atoll d’Apataki.

Ferme perlière

Avant «la chute de la perle», Apataki comptait environ 200 fermes perlières. Actuellement, il n’en reste que 3. En remontant l’atoll, nous avons décidé de nous arrêter à l’une d’entre elles qu’Emélie et Marcel nous ont conseillé. De plus en plus de fermes perlières ne font plus de visite ou ne reçoivent pas de visiteurs. Nous avons tenté ! Nous ne voulions pas repartir de Polynésie sans avoir vu tout le processus de la culture de perles. Nous avions eu une belle explication à Fakarava : Article Fakarava, mais celle-ci ne montrait pas tout le procédé, uniquement l’ouverture de l’huître pour récupérer la perle. Nous avons tenté et nous avons encore été surpris par l’accueil qui nous a été fait.

Une ferme perlière familiale qui a débuté en 2017. Ici la famille greffe elle-même, ils ne font appel ni aux chinois ni au japonais. Ils greffent environ 200 huîtres par jour au moment opportun et ouvrent 2400 huîtres par jour pour prélever la perle.

Découpe du manteau de l’huître choisi en fonction de la nacre

Découpe des morceaux à greffer

Ouverture de l’huître pour la greffer ou prélever la perle

Greffe

Extraction de la perle

Remplacement de la perle par un nouveau nucléus

Récolte des perles (récolte de la matinée dans la bouteille en plastique et récolte de l’après-midi en cours dans le bac blanc)

Les huîtres sont remises en chapelet de 20 pour être remises à l’eau pour prélever dans quelques mois une perle.

Chapelets en attente d’être suspendus dans le lagon et les huîtres en attente d’être ouvertes.

Lieu où les huîtres sont nettoyées au karcher tous les 3 mois

Remise des huitres dans le lagon

Ici pas de gaspillage. Les huîtres ne faisant pas de perles ou faisant des perles avec défaut sont tuées, mais utilisées. Le muscle est récupéré pour être vendu au restaurateur, la nacre est vendue pour en faire des boutons et le reste de l’huître utilisée comme appât pour pécher les poissons.

Un super moment où nous avons appris énormément. Nous avons pu poser toutes nos questions et l’échange était très agréable. Nous avons reçu des boissons et nous sommes repartis avec une bonne portion de muscles d’huîtres que nous avons fait sous formes de carpaccio à l’huile d’olive/citron, cuit au citron et cuit au beurre/ail. Encore un régal. Nous voulions retourné apporté des muffins, mais ces temps, questions desserts, il y a des flops, snif ! Je reste quelque peu frustrée de ne pas pouvoir apporter plus.

Décidément, Apataki nous surprend, comme quoi les coups de cœur dépendent en grande partie des rencontres que nous faisons.

Le nord d’Apataki

Nous continuons notre remontée de l’atoll jusqu’au Nord en prenant bien garde aux multiples bouées de fermes perlières et aux patates de corail non indiquées. Nous arrivons dans un mouillage d’une belle eaux turquoises avec de nombreuses patates de corail affleurantes. Le panorama est vraiment beau.

En arrière plan, une cocoteraie dense et sauvage. Ici pas de culture de coprah. Qui dit dense, dit difficulté à marcher de l’autre côté du motu. La seule possibilité nous l’avons trouvée mais deux gros chiens nous attendaient sur le rivage. Des chiens ? D’où venaient-ils ? Nous n’avons pas vu âme qui vive ! Nous abandonnons cette idée et partons nous promener le long de la plage de gros sable corallien, ramassons des cocos vertes et des cocos brunes. Naël manie le couteau suisse pour la première fois sous notre supervision. Nous sommes sur le qui vive. Il peut avoir des gestes très brusques et non réfléchit. Nous sommes heureux de le voir faire cela, aujourd’hui, avec beaucoup d’agilité, mais nous savons aussi que demain peut être impossible pour lui. Naël nous fabrique une belle lance et nous en profitons tous les 4 pour faire un concours de lancer du javelot.

Ici les fonds sous-marin sont pauvres, nous attendons donc une fenêtre météo pour mettre le cap sur le plus grand atoll des Tuamotu, Rangiroa.

Un moment pour méditer :

Malgré tous ces beaux mots, ces belles escales, il ne faut pas croire que tout est beau dans la réalisation de nos rêves. L’interrogation de l’évolution de nos enfants hors de la société et de leur scolarité, les difficultés avec notre fils autiste et ma peur de la mer sont autant d’éléments qui peuvent mettre fin à ce rêve. La vie est en perpétuel mouvement, rien n’est figé, mais c’est aussi ce qui nous permet d’adapter notre chemin, nos rêves. Alors oui nos rêves c’est notre vie, nos organes vitaux et nous les suivrons le plus loin possible.

Infos aux voileux :

Le chantier sort des voiliers de 19T max. et 1m90 de tirant d’eau. Le bateau est sorti avec une remorque tirée par une tractopelle. Prévoyez tout ce dont vous avez besoin. Dès que vous avez besoin de la moindre chose, comme un aspirateur, même 15 minutes, il vous sera facturé. Tout dépend de votre budget ! Il est possible de leur demander de commander tel ou tel produit dont vous auriez besoin. Prenez-y vous en avance car les livraisons à Apataki sont hebdomadaires. Le personnel est très professionnel, aimable et réactif.