Toau

Toau

Cap sur un autre atoll

Après une petite navigation de 15 miles depuis Fakarava avec le voilier Nawaks, le bateau copain avec qui nous passerons 1 mois, nous voilà sur l’île de Toau, au nord-est de Fakarava. Cette île fait partie d’ailleurs de la commune de cette dernière. Avant de lever l’ancre, nous préparons notre sortie de l’atoll et l’entrée du prochain. Cela demande une petite gymnastique. Il faut donc sortir de l’atoll avec la marée descendante et rentrer dans le prochain atoll avec la marée entrante, ou alors à l’étale de haute ou de basse mer. L’étale est le moment où le courant s’inverse et donc le courant est quasi nul. En plus de cela, il faut tenir compte de la météo, du jour et de la nuit, ainsi que de la position du soleil afin de voir les éventuels patates de corail dans les lagons.

Nous décidons de partir tôt le matin juste avant l’étale de basse mer, c’est-à-dire juste avant que la marée soit entrante, pour arriver environ 3 heures plus tard à marée entrante dans l’atoll de Toau. Cette fois-ci notre entrée était parfaite. Une fois à l’intérieur, nous sommes protégés de la houle et évoluons dans le lagon avec toujours un vigie à l’avant pour avertir d’éventuelles patates de corail. Nous ancrons dans un premier mouillage. Après exploration du lieu sur terre comme sous l’eau et la rencontre de notre amie la truie, nous décidons d’aller voir plus loin le lendemain. En effet, la végétation est très dense.

Il est difficile d’évoluer à l’intérieur du motu et d’aller sur le côté océan. Au niveau sous-marin, il n’y a pas grand-chose à voir dans les environs.

Naël naviguera avec sa copine Océane à bord de leur Tiwal.

Au sud de l’atoll

5 bouées sont mises à disposition.

A terre se trouvent 2 habitations sommaires, nous ne rencontrerons personnes. Nous pensons qu’il s’agit de personnes qui fabriquent du coprah, ils n’habitent donc pas là tout le temps. Nous n’avons pas encore pu bien apprendre ce qu’est le coprah, mais dans les grandes lignes il s’agit de faire sécher l’intérieur de la noix de coco pour la revendre à Tahiti. Une fois là-bas, celui-ci est utilisée pour faire de l’huile, pour le Monoï par exemple.

Séchoir à coco

L’endroit est magnifique face à cet déclinaison de bleu du lagon. Un petit panneau invite les passants à casser des noix de coco pour nourrir leurs poules lors de leur absence et à arroser le petit potager.

Nous prendrons plaisir à partager ce moment entre adultes et enfants.

Au vu de cette pancarte, nous décidons d’utiliser leur table et faisons un barbecue.

Nous découvrons les infrastructures que ces personnes ont mise en place.

Nous imaginons comment elles vivent au quotidien.

Nous nous questionnons sur certains objets/lieux et leur utilité. Un bien bel endroit ! Un endroit qui rend songeur sur notre vie, notre société de consommation, sur l’utilité de certaines choses. Se retrouver dans ces lagons, au milieu du Pacifique, au milieu de nulle part rend encore plus songeur. Nous ne sommes rien dans cette immensité, mais en même temps nous nous sentons bien présent, d’une certaine façon nous nous sentons forts, fiers de nos choix. La vie est en perpétuel mouvance, combien de temps ressentirons-nous ces émotions ? Alors vivons pleinement l’instant présent.

Nous finissons cette journée par un très beau snorkeling un peu plus au sud du mouillage et une tentative de pêche à la langouste en début de soirée à marée basse sur le platier de la côte au vent. Tentative qui s’avère être un échec. Pour la seconde fois, Patrice et Naël rentrent bredouille. Il faut savoir qu’apparemment la langouste se pêche différemment ici dans le Pacifique, contrairement à l’Atlantique. Les langoustes ne se trouvent pas sous les patates de corail, mais sur le platier, la nuit, où elles se retrouvent piégées dans des trous lorsque la marée descend. Cette pêche à la langouste nous rend perplexe. Tous les locaux nous disent qu’il y en a, mais les restaurants n’en vendent pas et nous n’en trouvons pas non plus à acheter.

Des motus paradisiaques

L’archipel des Tuamotu fait partie de l’un des 5 archipels de Polynésie française. Il est composé de 76 atolls dispersés sur une longueur de 1500 km par 500 km de large. Certains atolls sont accessibles en voilier, bateaux avitailleurs et paquebots par les passes. Les passes sont comme des passages naturels creusés dans la barrière de corail. D’autres ne sont qu’accessible par des petites embarcations, car les passes ne sont pas assez profondes. Et d’autres ne sont pas du tout accessible. Mais qu’est-ce qu’un atoll ? Un atoll est donc une île corallienne très basse sur l’eau. Elle est entourée d’une barrière de corail, l’intérieur se nomme le lagon et les petits îlots parsemés tout autour de la barrière de corail se nomment motu. Les motus sont une accumulation de sable en arrière de la barrière de corail.

Nous prenons donc plaisir à découvrir les différents motus, tous autant paradisiaques les uns que les autres. Ils nous permettent de nous protéger des vagues et un peu du vent, de nous dégourdir les jambes et d’explorer la faune et la flore environnante. Ce qu’il nous manque ? Et bien depuis le temps vous nous connaissez un peu, il nous manque bien sur la prise de hauteur. Pouvoir marcher et prendre de l’altitude nous manque vraiment. A défaut, nous envoyons le drone régulièrement et restons bouche bée devant ces paysages si magnifique  ; nous ne nous en lassons pas.

Mouillage au nord de la passe

Après une nuit, nous remontons les 5 miles qui nous séparent des 2 passes de Toau. Nous prenons une bouée entre les deux passes, en vrai nos amis Nawaks prenne la bouée et nous nous mettons à couple d’eux, c’est-à-dire côte à côte. Eh oui, il n’y a qu’une bouée ! Nos bouteilles sur le dos nous nous apprêtons à plonger dans la petite passe, mais nous nous rendons compte que le courant n’est pas entrant mais sortant. Pas du tout ce qui était prévu. Le courant y est fort et nous décidons de rebrousser chemin. La plongée, ça ne sera pas pour ici !

Nous repartons dans la foulée car le mouillage n’a pas grand intérêt mise à part la plongée. Nous allons 2 miles plus au nord. Après des zigzags entre les patates de corail, nous mouillons dans 5 mètres d’eau très près de la côte. Le mouillage est plus sauvage, mais tout aussi beau. Deux voiliers perdus dans le bleu, juste magique !

Un moment paddle et construction de cabanes pour les enfants, puis un joli snorkeling dans un énorme champ de patates. Nous profitons de faire respirer les enfants dans le détendeur de plongée. Camille adore ça, mais elle est encore trop jeune pour vraiment descendre en profondeur. Quand à Naël, il a des peurs qui vont et viennent. En ce moment, sa peur est de rester coincer au fond de l’eau et ne pas pouvoir remonter à la surface. Une peur qu’il a autant en snorkeling qu’en plongée.

Départ pour l’anse Amyot

Un vent de sud arrive avec des vagues de 3 mètres. Il est connu en cette période d’avoir des forts vents du sud qui s’appelle le Maramu. C’est pour cette raison que nous avons gardé notre téléphone satellite, car dans ces îles isolées, il n’y a pas de réseau téléphonique et il est important de veiller sur la météo quotidiennement.

Pour avancer dans la découverte des îles, nous avons décidé avec nos copains Nawaks de nous diriger vers le nord-ouest de l’île. Il n’y a pas de passe, mais une fausse passe ce qui signifie que la passe à commencer à se creuser dans la barrière, mais elle n’atteint pas le lagon. Nous ne pouvons pas entrer et sortir par cet endroit. Pour aller mouiller dans cette fausse passe qui a donc un accès par l’extérieur, nous ressortons du lagon et naviguons le long de l’atoll. Nous prenons l’une des 10 bouées à disposition. Des bouées en excellent état, vérifiées lors d’une plongée. Apparemment, les bouées seraient payantes auprès de la pension de Valentine et Gaston, mais lors de notre venue les propriétaires du lieu étaient absents.

Nous profiterons de ce mouillage pour faire une plongée en partant directement du bateau. La visibilité était vraiment mauvaise ce jour là et les coraux en mauvais état. Par contre, un très beau snorkeling se trouve au niveau de la barrière de corail au fond de l’anse, mais le courant commençait à être assez fort.

Nous entendons parler que Tahiti est touché par de fortes vagues et d’une montée des eaux. Phénomène assez rare, le dernier daterait de 2005. Nous ressentons déjà l’impact de ce phénomène, l’eau est trouble, le courant fort et l’eau est plus haute que d’habitude. Nous irons tout de même, avant que le vent se lève, voir les raies Manta qui se font nettoyer par les poissons. Nous en verrons une mais furtivement. La visibilité est vraiment mauvaise, le plancton est vraiment très important. Nous tenterons un barbecue sur la plage qui finira sur la plancha de Nawaks. Nous nous sommes fait surprendre par cette montée des eaux à cause de cette fameuse houle du sud et notre feu aura pris l’eau subitement.

Le vent commence à se lever. Pendant 36 heures nous aurons un vent soutenu, mais ne dépassant pas les 30 nœuds. Le courant dans la fausse passe est vraiment fort. De bonnes vaguelettes se forment. Les activités nautiques se restreignent. Nous irons nous dégourdir les jambes à terre et parlerons avec la seule personne présente. Elle confirme que ce phénomène est rare. Il a d’ailleurs perdu son portique à bateau.

Il essaie de protéger ce qu’il peut. Nous nous rendons compte de la vulnérabilité de ces atolls tellement bas sur l’eau. Avec le réchauffement climatique et la montée des eaux, à quel moment les habitants vont-ils être obligés de quitter les lieux ? Quand est-ce que cet archipel sera englouti ? Des habitants en péril, des coins reculés du monde tellement beaux et une faune fragilisée, cela rend vraiment songeur sur le devenir de notre planète.

Un moment pour méditer :

Il revient à chacun de nous de faire à notre échelle un effort pour préserver et sauvegarder notre planète ; seul, cela ne sert pas à grand chose, mais faire un petit quelque chose tous ensemble, alors là oui les choses pourraient changer. Prendre conscience de ce qui nous entoure, prendre conscience de ce que pourrait devenir le futur.