La transatlantique

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EN DIRECT DE L’ATLANTIQUE

Le départ

A peine est-il arrivé que nous partons. Jan n’a eu qu’une seule journée pour prendre ses marques et l’atmosphère du Cap-Vert. Nous avons fait le dernier avitaillement en produits frais, fruits et légumes. Un briefing sur le fonctionnement de Niue, sur la sécurité et sur la météo et c’est le départ le 27 janvier

Le vent est musclé comme à son habitude dans le canal de Sao Vicente séparé par les deux îles et ça commence fort avec des prises de ris. Puis tout se calme sous le dévent de l’île de Santo Antao avant de reprendre dès ce dévent passé. A la nuit tombée, nous mettons en place les quarts de 4 heures qui rythmeront notre traversée jusqu’au bout.

Mi-parcours

Ça y est!! Nous venons de franchir la mi-parcours, ce qui veut dire qu’avant nous nous éloignions du Cap Vert et que dès à présent nous nous rapprochons de la Martinique. Sur les 2’076 Mn qui séparent ces deux îles, nous avons parcourus 1’037,5Mn en 7 jours et 6 heures, et il nous en reste tout autant à faire.

Pour le moment nous avons rencontré de bonnes conditions de mer et de vent, avec une belle houle de 3 à 4 mètres, parfois 5 mètres, et des vents portants oscillants de 18 à 32 noeuds. Notre plus faible moyenne sur 24h a été de 134 Mn (vitesse moyenne de 5,6 nds) et la meilleure de 158 Mn (6,6 nds).

Au début nous étions sous grand-voile (avec 1, 2 voire même 3 ris) et génois, mais après 3 jours un peu sport nous avons opté pour le génois seul qui nous permet de faire route directe en étant très abattu, et d’être beaucoup plus confortable.

La pleine lune nous accompagne depuis notre départ et éclaire nos nuits, mais de moins en moins car non seulement elle diminue mais également parce qu’elle se lève de plus en plus tard, environ 1h15 plus tard chaque nuit (actuellement elle se lève à 1h30TU).

Cela dit, ça  nous laisse l’occasion d’admirer le ciel étoilé qui est toujours aussi magnifique lorsqu’il n’y a aucune pollution lumineuse.

Le soleil est bien présent et nous réchauffe de plus en plus avec 26 degrés actuellement. Il est par moment voilé par quelques nuages clairsemés dans le ciel.

Ces deux astres nous offrent de superbes levers et couchers qui illuminent le ciel de couleurs.

L’équipage s’est bien amariné dès le début. Nous avons organisé les quarts par tranche de 4h sur l’ensemble des journées et des nuits, ce qui permet de conserver le même rythme de repos tout au long du trajet. Nous mangeons bien et les légumes et les fruits achetés à Mindelo sont excellents.

Niue se comporte très bien et est très confortable à ces allures portantes, malgré parfois l’assaut des vagues qui viennent frapper violemment sous la nacelle.

Chaque jour des oiseaux nous accompagnent un moment. Nous avons aperçu quelques dauphins et de nombreux poissons volants s’éparpillent à notre passage comme pris de panique.

La mer est d’un bleu profond, puissante et bouillonnante d’écume. Elle nous offre un spectacle que l’on ne se lasse pas de regarder. Malheureusement comme toujours les traces de l’Homme gâchent ce spectacle.

Nous avons aperçu dans le désordre depuis notre départ et pour tous très au large : un cordage de pêche en nylon, une caisse en plastique, des gros sauts empilés, un coussin, une botte en plastique!!!

Préservons la nature car malgré sa puissance elle reste très fragile.

Les derniers 500 miles!!

A 18h15TU aujourd’hui nous avons franchi le cap des derniers 500 miles nautiques à parcourir!! 4 jours depuis la mi-parcours pour atteindre ces derniers 500 Mn et déjà 11 jours de mer depuis notre départ. Dernière ligne droite avant les eaux turquoises des Caraïbes!!

Le changement a été radical entre la première partie et le début de la seconde car nous avons eu une période très active de grains. Ces grains ont été accompagnés de bascules de vent, qui nous ont contraint à enchaîner les empannages, de rafales de vent entre 30 et 35 noeuds, qui nous ont fait multiplier les manœuvres de rouler-dérouler du génois, et de fortes pluies, qui ont trempé l’équipage des pieds à la tête. De jour comme de nuit, ces grains nous ont fatigué et nous avons eu de la peine à avoir un sommeil réparateur.

Les derniers 500Mn seront plus calmes, et donc plus lents, selon les prévisions météorologiques avec un vent et une mer plus apaisés, mais les grains devraient reprendre à l’approche de la Martinique.

Nous avons traversé la mer des sargasses avec sa couleur brune. Ces algues sont omniprésentes depuis le départ mais à un moment donné la mer était recouverte de ces sargasses et nous avons navigué sur un tapis d’algues.

La lune nous a quitté, se décalant d’une heure quinze chaque soir, et n’éclaire plus nos nuits. Du coup, nous profitons encore plus des étoiles, lorsque les grains ne les masquent pas.

Nos fruits et nos légumes diminuent fortement mais nous en avons suffisamment pour les derniers jours. Nos tentatives de pêches ont été infructueuses jusqu’à présent, mais nous ne doutons pas sortir une bonite ou une dorade avant notre arrivée. Il nous reste beaucoup de citrons dans cette perspective!!

Bien que nous nous sentions très bien en mer, nous commençons à parler de l’arrivée. Quel sera le premier membre de l’équipage à crier : “terre en vue!!”.

Arrivée en Martinique

Le vent n’est pas vraiment rentré sur cette dernière partie et nous nous sommes un peu trainés. Mais il y a deux avantages à cela : le premier est de profiter pleinement de chaque instant en admirant la mer, le ciel, les étoiles,… et le second est d’avoir une vitesse propice à la pêche. Et pour ce dernier ça a bien fonctionné, puisque nous avons sorti une belle dorade coryphène que nous avons fait à la thaïtienne, soit crue, marinée au citron et à l’huile d’olive, et agrémentée de quelques épices!!

A 28 miles de la côte nous avons aperçu la Martinique puis Sainte Lucie juste à ses côtés. Nous avons profité d’un dernier couché de soleil sur l’île avant de préparer l’atterrissage de nuit à Grande Anse. A 22h10 heure locale, le 11 février, nous nous sommes amarrés à une bouée près de la plage où Eliane guettait notre arrivée. Le bruit de l’eau sur les coques et le vent se sont tus, nous avons alors passé une nuit reposante sans un mouvement.

Cette première transatlantique pour Pierre-André et Jan, et la quatrième pour moi, nous l’avons parcouru en 15 jours et 15 heures à la vitesse moyenne de 5.7 noeuds pour un total de 2’124 miles nautiques. L’équipage a été à la hauteur de cet exploit tout comme Niue qui nous a amené à bon port sans aucun problème technique ni avarie!!

Un temps pour méditer:

Préservons la nature car malgré sa puissance elle reste très fragile.